Comment l’Ouganda prévoit de réduire l’exclusion financière à 5 % en 5 ans

En octobre 2017, l’Ouganda a lancé une nouvelle stratégie nationale d’inclusion financière sur cinq ans. La stratégie vise à réduire l’exclusion financière de 15 à 5 % d’ici 2022. Comment ? En veillant à ce que tous les Ougandais aient accès à une gamme de services financiers de qualité et abordables et soient en mesure de les utiliser.

L’Ouganda a fait des progrès en matière d’inclusion financière grâce aux réformes du secteur financier qui ont débuté dans les années 1990. Il s’agit notamment de la libération des taux d’intérêt, de la réduction du crédit dirigé et des changements juridiques et réglementaires. Ces réformes ont amélioré l’accès des populations aux services financiers par l’intermédiaire des banques, des institutions de microfinance (IMF) réglementées et des services financiers mobiles. Selon le rapport FinScope 2013, 54 % des Ougandais sont désormais officiellement inclus financièrement, tandis que 32 % utilisent des services financiers informels tels que les organisations coopératives d’épargne et de crédit (SACCO).

Il s’agit là de progrès importants, mais l’Ouganda doit encore surmonter des obstacles considérables pour élargir l’inclusion financière.

Voici quelques-uns des principaux défis, quelques réflexions sur la manière dont la nouvelle stratégie vise à les relever, et le rôle que FINCA peut jouer pour aider à étendre l’inclusion financière à 95% des Ougandais d’ici 2022.

Réduire les obstacles à l’accès aux services financiers

Selon l’enquête FinScope de 2013, seuls 16 % des Ougandais vivent à moins d’un kilomètre d’un point de service bancaire. La situation est meilleure pour l’argent mobile, puisque 54 % des personnes interrogées vivent à moins d’un kilomètre d’un agent bancaire ou d’un autre point de service d’argent mobile.

Cependant, même lorsque les gens parviennent à se rendre dans une agence bancaire ou auprès d’un agent de téléphonie mobile, ils doivent faire face à d’autres obstacles. Il s’agit notamment des exigences en matière de connaissance du client (KYC) qui font qu’il est difficile pour un client pauvre de présenter des formes acceptables d’identification, du manque de liquidités (argent liquide) auprès des agents bancaires, de la couverture limitée du réseau mobile qui interrompt les transactions numériques et des taux d’intérêt élevés qui peuvent aller de 22 à 25 pour cent par an. La nouvelle stratégie de l’Ouganda vise à relever ces défis. Il s’agit également de faciliter l’ouverture et l’accès des jeunes (âgés de 15 à 17 ans) à des comptes financiers.

Construire l’infrastructure numérique

74 % des Ougandais vivent dans des zones rurales où les prestataires de services financiers traditionnels ne sont guère incités à ouvrir des succursales en dur. Il en résulte un accès limité aux services financiers de base et nécessaires pour les populations du bas de la pyramide (BOP). Même s’il est possible de trouver un point de service, la rareté de la concurrence signifie que les pauvres des zones rurales rencontrent des difficultés supplémentaires. Il s’agit notamment de frais de transaction élevés, d’un service clientèle médiocre, voire de pertes d’argent dues à des escroqueries de la part d’institutions financières illégitimes.

Pour surmonter ces obstacles et inciter les prestataires de services financiers à répondre aux besoins des pauvres des zones rurales, la stratégie nationale d’inclusion financière exigera l’interopérabilité des systèmes entre les prestataires de services financiers. Les clients à faibles revenus et les propriétaires de petites entreprises pourront ainsi plus facilement effectuer et accepter des paiements. Il permet également aux prestataires de services financiers de réaliser des économies.

La stratégie vise également à encourager les acteurs du secteur financier à concevoir des interfaces conviviales et intuitives pour les produits et services. Par exemple, les menus des codes USSD dans les langues locales. Compte tenu de la culture numérique limitée en Ouganda, les interfaces utilisateur intuitives sont essentielles pour accroître l’utilisation des services financiers numériques. L’accent mis sur l’USSD, qui fonctionne sur n’importe quel type de téléphone mobile, est particulièrement important compte tenu de la faible pénétration des smartphones. Toutefois, il convient de s’attaquer à la question des frais élevés prélevés sur les transactions d’argent mobile. Ces frais restent l’un des principaux obstacles à l’adoption généralisée de l’argent mobile.

Services financiers numériques utilisant les téléphones mobiles
L’utilisation de la technologie USSD pour permettre à toute personne possédant un téléphone mobile d’accéder aux services financiers de base.

FINCA Ouganda propose déjà à ses clients des services bancaires mobiles, y compris des notifications par SMS afin que les clients soient informés de leurs transactions bancaires. À l’avenir, l’intention est de passer à des services financiers mobiles robustes. Grâce aux données, un système d’évaluation du crédit pour les personnes à faibles revenus peut permettre à des millions de personnes d’épargner et d’emprunter facilement sur leur téléphone.

Approfondir et élargir l’utilisation de l’épargne formelle, de l’investissement et de l’assurance

Selon le Fonds national de sécurité sociale de l’Ouganda, 11 millions d’Ougandais (26 % de la population) ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Le taux de pénétration de l’assurance est également faible (3 %) et le ratio de l’épargne nationale par rapport au PIB n’est que de 13 %. Ensemble, ces difficultés empêchent les Ougandais de faire face aux chocs financiers, tels que les mauvaises récoltes ou les maladies familiales.

La nouvelle stratégie d’inclusion financière propose une série d’options pour relever ces défis, allant de l’adoption d’une politique nationale en matière d’assurance et de la libéralisation du secteur des pensions, au renforcement des intermédiaires financiers ruraux par le biais de la réglementation. Les SACCO sont devenues un mécanisme efficace pour offrir des services d’épargne et de crédit aux habitants des zones rurales. Toutefois, les problèmes de liquidité, les questions de gouvernance, le manque de compétences, la fraude et les interférences politiques limitent leur efficacité.

FINCA propose aux Ougandais une gamme de produits d’épargne. Il s’agit notamment d’une épargne cible permettant aux clients à faibles revenus d’épargner de l’argent en vue d’un objectif futur (par exemple, payer les études d’un enfant). D’autres offres comprennent des dépôts fixes et des comptes d’épargne junior pour répondre aux besoins uniques d’une gamme de clients. Actuellement, la législation locale n’autorise pas FINCA à proposer des produits d’assurance aux Ougandais.

Accroître la disponibilité du crédit agricole

Dans l’économie agricole ougandaise, les petites et moyennes entreprises et les petits exploitants agricoles ont du mal à accéder au crédit. Cela étouffe la création d’emplois et la croissance économique. Selon le rapport 2016 sur l’état de l’économie de la Banque d’Ouganda, le flux de crédit à l’agriculture ne représente qu’un maigre 10 %. Heureusement, la stratégie d’inclusion financière de l’Ouganda reconnaît que l’agriculture est le moteur de l’économie et formule des recommandations pour soutenir le secteur.

Pour faciliter l’accès au crédit agricole, la stratégie s’attache à lever les principaux obstacles tels que la couverture limitée des petits exploitants par les bureaux de crédit, la rareté des points d’accès ruraux, la faible sensibilisation du public à l’importance de la constitution d’un historique de crédit et les difficultés liées aux droits de propriété communaux. Outre ces domaines d’intervention, l’Ouganda devra trouver un moyen d’exploiter une grande quantité de données informelles sur les crédits dont disposent les grands acheteurs agricoles. Cela renforcera les antécédents de crédit des petits exploitants et leur permettra d’accéder facilement aux services financiers, en particulier au crédit.

Client de FINCA travaillant dans l'agriculture
Margaret Nankonge, cliente de FINCA BrightLife et agricultrice en Ouganda, travaillant au milieu de ses bananiers.

FINCA Ouganda propose déjà des prêts agricoles adaptés aux besoins des petits exploitants. Ce type de crédit permet aux familles de générer des revenus agricoles de manière plus durable. Par exemple, grâce à la création de valeur ajoutée, à l’augmentation de la capacité de production et à l’amélioration de la qualité des récoltes. Les petits exploitants de riz, de bananes, de café, de bétail et autres utilisent les prêts agricoles de FINCA pour améliorer les conditions de vie de leurs familles.

Responsabiliser et protéger les personnes ayant des capacités financières accrues

Des questions telles que la culture numérique et la protection des données deviennent urgentes à mesure que les pauvres passent des services financiers traditionnels aux services financiers numériques. Il est rassurant de voir que la nouvelle stratégie de l’Ouganda propose, entre autres, une révision de la stratégie nationale d’éducation financière, un examen des pratiques de protection des consommateurs de tous les fournisseurs de services financiers et des contrôles réglementaires de routine des fournisseurs. En mettant l’accent sur l’alphabétisation des consommateurs, on leur donne les moyens de comprendre les conditions générales des produits et de faire des choix éclairés.

FINCA prend au sérieux la protection des clients et considère que leur bien-être est au cœur de sa mission. Pour faire en sorte que la banque responsable devienne la norme dans le secteur, FINCA a plaidé en faveur de principes axés sur le client et a contribué à la création de la Smart Campaign. Il s’agit d’une initiative mondiale visant à promouvoir l’adoption de principes de protection des clients dans le secteur de la microfinance.

Ces mesures permettront-elles à l’Ouganda d’atteindre son objectif de 5 % ?

La nouvelle stratégie de l’Ouganda s’attaque aux principaux défis en matière d’inclusion financière et se concentre sur des éléments facilitateurs importants. Par exemple, une réglementation progressive, un système KYC souple et personnalisé, une infrastructure permettant de faire face à l’échelle et aux faibles coûts, et une approche centrée sur le client par le biais de la protection, de la personnalisation des produits et de l’autonomisation.

FINCA s’engage à fournir de manière rentable et responsable des services financiers innovants et efficaces. Ces services permettent aux personnes, aux familles et aux communautés à faibles revenus d’investir dans leur avenir.

FINCA espère contribuer à l’objectif ambitieux mais réalisable de l’Ouganda de réduire l’exclusion financière à 5 % d’ici 2020.